«

»

mai 08

Platon : jouir sans entraves

Jouir sans entraves. Un seul mot d’ordre ; le plaisir ! Calliclès, contre Socrate, défend l’idée que la tempérance (le fait de modérer et de mesurer notre rapport à nos désirs) est présentée comme une vertu par les faibles, par ceux qui n’ont pas la puissance suffisante pour agir comme ils le souhaiteraient.

Au contraire, il faut laisser la passion nous envahir jusqu’à en augmenter toute l’intensité et jouir ainsi davantage. Mais cela n’est permis qu’aux forts. On comprend ainsi que l’invisibilité ou le fait de voler pourraient être des instruments plus qu’utiles pour jouir, quitte à s’imposer aux plus faibles, ce qui serait dans l’ordre des choses.

Socrate : J’entends par être tempérant et maître de soi le fait de commander en soi aux plaisirs et aux passions.

Calliclès : Que tu es plaisant ! Ce sont les imbéciles que tu appelles tempérants.

Socrate : Comment cela ! qui ne voit pas que ce n’est pas d’eux que je parle ?

Calliclès : C’est d’eux très certainement, Socrate. Comment en effet un homme pourrait-il être heureux, s’il est esclave de quelqu’un. Mais voici ce qui est beau et juste suivant la nature, je te le dis en toute franchise, c’est que, pour bien vivre, il faut laisser prendre à ses passions tout l’accroissement possible, au lieu de les réprimer, et, quand elles ont atteint toute leur force, être capable de leur donner satisfaction par son courage et son intelligence et de remplir tous ses désirs à mesure qu’ils éclosent.

Mais cela n’est pas, je suppose, à la portée du vulgaire. De là vient qu’il décrie les gens qui en sont capables, parce qu’il a honte de lui-même et veut cacher sa propre impuissance. Il dit que l’intempérance est une chose laide, essayant par là d’asservir ceux qui sont mieux doués par la nature, et, ne pouvant lui-même fournir à ses passions de quoi les contenter, il fait l’éloge de la tempérance et de la justice à cause de sa propre lâcheté. Car pour ceux qui ont la chance de naître fils de roi, ou que la nature a faits capables de conquérir un commandement, une tyrannie, une souveraineté, peut-il y avoir véritablement quelque chose de plus honteux et de plus funeste que la tempérance ? (…) La vérité que tu prétends chercher, Socrate, la voici : le luxe, l’incontinence et la liberté, quand ils sont soutenus par la force constituent la vertu et le bonheur ; le reste, toutes ces belles idées, ces conventions contraires à la nature, ne sont que niaiseries et néant.

Platon. Gorgias. 491d-492c.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>