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mai 29

Proudhon et les élections : fausses promesses et exigences.

 

 

Nos principes !

De tout temps les hommes qui, pour arriver au pouvoir, ont recherché le suffrage populaire, ont abusé les masses par de prétendues déclarations de principes qui, dans le fond, n’ont jamais été que des déclarations de promesses !

De tout temps, les ambitieux et les intrigants ont promis au peuple, en phrases plus ou moins sonores :

La liberté, l’égalité, la fraternité ;

Le travail, la famille, la propriété, le progrès ;

Le crédit, l’instruction, l’association, l’ordre et la paix ;

La participation au gouvernement, l’équitable répartition de l’impôt, l’administration honnête et à bon marché, la justice juste, l’égalité progressive des fortunes, l’affranchissement du prolétariat, l’extinction de la misère !

Ils ont tant promis qu’après eux, il faut l’avouer, il ne reste rien à promettre.

Mais aussi qu’ont-ils tenu ? C’est au peuple de répondre : rien ! (…)

C’est parce que la société s’est divisée en trois catégories et de citoyens correspondantes aux trois termes de cette formule (capital, travail, talent) ; c’est-à-dire, parce que l’on a fait une classe des capitalistes ou propriétaires, une autre classe des travailleurs, et une troisième classe des capacités, que l’on est arrivé constamment à la distinction des castes et que la moitié du genre humain a été l’esclave de l’autre.

Partout où l’on a prétendu séparer de fait, organiquement, ces trois choses, le capital, le travail, le talent, le travailleur a été asservi : il est appelé tour à tour esclave, serf, paria, plébéien, prolétaire : la capitaliste a été exploiteur : il se nomme tantôt patricien, noble, tantôt propriétaire ou bourgeois ; l’homme de talent a été un parasite, un agent de corruption et servitude : ç’a été d’abord le prêtre, plus tard le clerc, aujourd’hui le fonctionnaire public, toute espèce de capacité et de monopole.

Le dogme fondamental du socialisme consiste donc à résoudre la formule aristocratique : capital-travail-talent, en celle-ci plus simple : travail ! – à faire, par conséquent, que tout citoyen soit en, même temps, au même titre et dans un même degré, capitaliste, travailleur, et savant ou artiste.

Le producteur et le consommateur, dans la réalité des choses, comme dans la science économique, c’est toujours le même personnage, considéré seulement de deux points de vue différents. Pourquoi n’en serait-il pas de même capitaliste et du travailleur ? du travailleur et de l’artiste ? Séparez ces qualités dans l’organisation sociale, vous créez fatalement des castes, l’inégalité, la misère ; unissez-les, au contraire, dans chaque individu, vous avez l’égalité, vous avez la République. C’est encore ainsi que dans l’ordre politique doivent s’effacer un jour toutes distinctions de gouvernants et gouvernés, administrateurs et administrés, fonctionnaires publics et contribuables, etc. Il faut, par le développement de l’idée sociale, que chaque citoyen soit tout ; car, s’il n’est pas tout, il n’est pas libre ; il souffre oppression et exploitation en quelque endroit. (…)

Quiconque sollicite les suffrages du peuple et dissimule avec lui n’est ni socialiste ni démocrate.

Proudhon. Manifeste électoral du Peuple. (Journal du peuple, 8-15 novembre 1848).

 

1 comment

  1. Duclos-Aprico

    Vous partez d’un principe erroné, savoir trois catégories de citoyens.
    Je ne vois pas pourquoi vous déléguez au socialisme la capacité à
    les réduire à une seule; en chaque homme existe une part de capitaliste, de travailleur et d’artiste.
    J’avoue que je ne comprends pas cette démonstration.

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