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sept 13

Religion et Raison – JAMES – Il est raisonnable de croire.

Le problème

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Mise en avant du problème.

De façon traditionnelle, on oppose religion et raison.

On va même jusqu’à trouver une opposition récurrente entre la Religion et la Science qui est, semble-t-il, la championne de la raison ou son plus digne représentant. C’est dans ce type de présentation que la foi semble contraire à la raison.

De la même façon, le croyant est souvent dénoncé comme celui qui se jette aveuglément dans ses croyances, c’est-à-dire celui qui croit parce qu’il a purement et simplement besoin de croire. D’où l’idée que l’on croit pour se rassurer, quitte à perdre de vue l’exigence de vérité les attentes de la raison.

  • Pour justifier cette approche, les détracteurs de la religion font souvent appel à l’idée de dogme. Qu’est-ce qu’un dogme ? Une proposition que l’on présente comme absolument vraie et que l’on considère comme indiscutable. Exemple : Le Christ est le Fils de Dieu.

 

  • Le caractère indiscutable du dogme présente le croyant comme un entêté, un obstiné qui, coûte que coûte, adhère à une proposition en refusant de la remettre en cause. Une telle démarche s’oppose à l’esprit dit scientifique qui se doit de prendre soin de réviser, de récuser, de contredire ce qui est accepté comme vraie.

 

  • Autre voie à laquelle recourt le détracteur de la religion pour condamner la croyance religieuse : lorsque le croyant affirme : « Je crois en l’existence de Dieu » ou encore « Je crois en l’immortalité de l’âme » n’est-ce pas, cela ne revient-il pas à croire sans preuve, sans démonstration ? Et pourquoi croire ceci et non pas autre chose ? Au fond, le croyant est comme « coincé » dans sa croyance, croyance qu’il ne parvient pas à démontrer ou à justifier.

Pourtant, si l’on prend nos distances avec les détracteurs de la religion, on est en droit de poser la question suivante : en quoi est-il plus déraisonnable de croire que de ne pas croire ? Au fond, l’un croit sans réelle preuve, l’autre ne croit pas, mais l’absence de preuve lui fait pareillement défaut. De quel côté est la raison ? Y a-t-il d’un côté le naïf qui s’emporte et de l’autre, le sceptique, qui préfère demeurer prudent ? N’est-ce pas là une approche caricaturale ?

C’est cette question que je vais tenter de traiter en m’inspirant d’un auteur américain du 19è siècle (William James).

Précisons d’emblée que la position de James est claire : l’idée selon laquelle il serait déraisonnable de croire en l’absence de preuves ou de certitude est un préjugé, ou une croyance.

Nous le verrons, nous avons quantité de croyances que nous sommes le plus souvent incapables de justifier ou de prouver et on ne nous taxe pas pour autant de « personne déraisonnable ». La croyance, nous le verrons, présente plusieurs formes et elle est nécessaire. L’homme est un animal qui ne peut pas ne pas croire. (Le débat porte alors sur ce qu’il est légitime ou illégitime de croire).

Mais aussi, la croyance, dans certains champs ou domaines (moral et religieux) est raisonnable. C’est le contraire qui est déraisonnable.

Pour développer ces points, je suivrai la démarche de James dans une conférence intitulée « La volonté de croire » (1897). Premier temps : la croyance est nécessaire, on ne peut pas ne pas croire. Second temps : la croyance religieuse n’est aucunement contraire à la raison.

La nécessité de croire

I / On ne peut pas ne pas croire.

L’une des premières remarques que James fait dans sa conférence énonce l’idée que si certaines de nos croyances trouvent leur origine dans la seule raison, la plupart de nos croyances, en réalité, dépendent de notre nature passionnelle et volitive.

  • Penchons-nous d’abord sur les cas de croyances qui trouvent leur siège dans la raison :
    • « deux sont moins que trois » ; « tous les hommes sont mortels, donc je suis mortel » ; « A=A » ou encore le principe de non-contradiction : « il est impossible que le même attribut appartienne et n’appartienne pas au même sujet dans le même temps et sous le même rapport » (je ne peux pas soutenir une chose et son contraire) : Exemple : je ne peux pas dire : « Socrate est blanc et non-blanc dans le même temps et sous le même rapport ».
    • On le remarque, ces propositions sont vraies absolument et tout le monde y croit ou encore personne ne peut pas ne pas y croire.
    • Pourtant, précise James : 1° ces propositions ne nous disent rien ou presque rien du monde. 2° Elles ne sont en nombre que limité.
  • Au contraire, précise James, la plupart de nos croyances trouvent leur origine dans notre nature volitive passionnelle :
      • croyances nées de l’habitude (« demain, le soleil se lèvera »),
      • la crainte (parce que je crains de tomber en panne d’essence, je m’arrête faire le plein »),
      • l’espoir (« je crois que je vais avoir mon bac »,
      • les préjugés (« je crois que le chef de l’Etat est un sale type »),
      • l’esprit de parti (« je crois aux valeurs du parti des verts »),
      • l’influence du milieu (« Issu d’un milieu culturellement favorisé, je crois en la valeur de la culture »).
    • Que conclure de toutes ces croyances ?
      • 1° Elles constituent la plupart de nos croyances.
      • 2° Lorsque nous croyons, le plus souvent, c’est à peine si nous savons comment et pourquoi nous croyons ce que nous croyons.
      • 3° Ces croyances sont extrêmement sérieuses puisque c’est à partir d’elles que nous agissons, faisons des choix, organisons notre vie.
      • 4° Nous sommes incapables de justifier ces croyances et personne ne nous le réclame.
  • Reprenons avec nos détracteurs de la croyance religieuse.
      • 1° Ils exigent du croyant de justifier ses croyances religieuses. Mais le peuvent-ils en ce qui concernent la plupart de leurs croyances, telles que celles que nous venons d’énoncer ?
      • 2° S’ils en sont incapables, pourquoi exigent-ils la justification rationnelle de ce type de croyance religieuse ? Où est la gêne ?
      • 3° Si comme ils l’exigent, nous devions toujours apporter la preuve de notre croyance, que resterait-il de toutes nos croyances ? Rien, ou presque rien et la plupart du temps, nous serions incapables d’agir, notre capacité d’action et de choix serait comme paralysée.
  • Cette approche signifie-t-elle que chacun est en droit de croire ce qu’il désire, si délirantes soient ses croyances ? James nous jette-t-il dans le relativisme où il existerait autant de vérités qu’il y a d’individus ? Les croyances les plus fantaisistes sont-elles légitimes ?
    • La réponse est clairement négative. Pourquoi ?
      • 1° La plupart des croyances que nous avons se trouvent en réalité confirmées ou infirmées par l’expérience. Par exemple, je peux croire que le chef de l’Etat est un sale type sauf que cette croyance peut être validée ou contredite par l’expérience : par exemple si je le rencontre. Au fond, le discriminant de la plupart de nos croyances est l’expérience que nous faisons du monde.
      • 2° Les expériences que nous faisons du monde nous font réfléchir et nous amènent à ajuster, à rectifier, à réviser certaines de nos croyances. Celui qui, après avoir longtemps cru que la violence pouvait être un moyen de solutionner les conflits, peut finalement apercevoir que la violence, dans la plupart des cas, ne fait qu’envenimer les choses. Ainsi, la croyance, une fois rectifiée, l’engagera dans un comportement différent.
        • Dit autrement, certaines de croyances sont efficaces, elles trouvent une certaine pertinence, « elles marchent », « elles fonctionnent », elles peuvent donc être dites vraies.
        • En revanche, nous avons d’autres croyances qui ne « marchent pas », qui « fonctionnent pas », elles peuvent être dites fausses.
      • La réussite ou l’échec deviennent déterminants quant à la valeur de vérité de ce que nous croyons. Ainsi, tout l’enjeu, pour chacun d’entre nous, est de « bien croire », c’est-à-dire de croire avec succès.
      • De la même façon, une hypothèse scientifique est validée ou acceptée lorsqu’elle se trouve confortée par l’expérience. Je peux croire que l’éclipse solaire s’explique en raison de l’alignement entre la terre, la lune et le soleil ou bien croire qu’un malin génie tout puissant dépose un voile noire sur l’astre solaire. Ces deux croyances sont confirmées ou infirmées par l’expérience. La première fonctionne, elle est vraie, la seconde échoue, elle n’est pas considérée comme vraie.

Bilan : la seule raison est impuissante à nous faire croire et ne s’en remettre qu’à elle, c’est être voué à un mutisme certain.

Au contraire, celui exige une preuve pour chaque croyance est ou bien déraisonnable ou bien incohérent. Déraisonnable parce qu’alors il ne pourrait plus vivre comme il le fait, sa volonté serait en quelque sorte paralysée. Incohérent parce qu’il agit d’après des croyances qu’il n’a jamais pris la peine de vérifier. A l’inverse, est raisonnable celui qui agit et vit d’après des croyances, quand bien même il n’a pas pris la peine ou le temps de les examiner toutes. (Je prends le bus, je crois qu’il me déposera à l’endroit espéré : dois-je exiger une preuve pour cette croyance ? Je peux bien interroger le chauffeur. Vais-je exiger une preuve de sa bonne foi ? etc.)

On comprend donc que toute la thèse de James tient dans l’extrait suivant :

« (…) notre nature passionnelle possède non seulement la faculté légitime mais encore le devoir d’exercer un choix entre les propositions qui lui sont soumises, toutes les fois qu’il s’agit d’une véritable alternative dont la solution ne dépend pas uniquement de l’entendement ».

Pour quantité de questions, l’intelligence ne peut à elle seule proposer de réponses satisfaisantes. Certaines questions, il est vrai, peuvent être tenues en suspens parce qu’elles n’exigent pas une attitude ou un comportement de notre part. Pour ces questions, ne pas trancher et continuer à enquêter, à examiner, à interroger et s’efforcer de prouver est tout à fait admissible. En revanche, pour quantités d’autres questions, parce que l’urgence de l’action s’impose, il faut trancher quand bien même nous ne disposons pas de tous les éléments nécessaires à leur résolution. Celui qui, toujours, attend de disposer de toutes les cartes pour trancher et agir n’agit jamais ou presque jamais. C’est pourquoi, il est tout à fait raisonnable de s’en remettre parfois à notre nature passionnelle pour décider, croire et agir.

C’est dans cette optique que James écrit l’extrait suivant, extrait dans lequel il affirme que la croyance est au cœur de la société et de son organisation.

« Un organisme social quelconque, petit ou grand, est ce qu’il est, parce que chaque membre accomplit son devoir avec la conviction que les autres en font autant partout où un résultat cherché est obtenu par la coopération de plusieurs personnes indépendantes, l’existence positive de ce résultat est la simple confiance mutuelle préalable des parties intéressées. Un gouvernement, une armée, une organisation commerciale, un collège, une société athlétique n’existent qu’à cette condition, faute de laquelle non seulement on ne saurait rien accomplir, mais encore rien tenter. Un train entier de voyageurs, d’une bravoure individuelle moyenne, se laissera piller par un petit nombre de bandits, simplement parce que ces derniers peuvent compter les uns sur les autres, tandis que chaque voyageur considère la moindre résistance comme le signal d’une mort certaine qu’un secours ne saurait prévenir ; si chaque voyageur pouvait seulement croire que tout le wagon réagirait en même temps que lui, il résisterait individuellement, et le pillage serait impossible. Il y a donc des cas où un phénomène ne peut se produire s’il n’est précédé d’une foi antérieure en son avènement. Et là où la foi en un fait peut aider à créer le fait, il serait illogique de prétendre que la foi qui devance l’évidence scientifique constitue « la plus basse espèce d’immoralité » dans laquelle puisse tomber un être pensant. Et cependant, telle est la logique sur laquelle nos absolutistes scientifiques entendent régler notre vie ! »

Que conclure ? La foi peut « soulever des montagnes »  et même plus, il est bien souvent préférable de croire, ou encore, nous ne croyons pas assez. Pour preuve : à quoi ressemblerait le monde si chacun croyait véritablement que nous pouvons lutter contre les inégalités, la pauvreté ? Et pourtant, pourrait-on justifier ou prouver cette affirmation autrement qu’en y croyant, c’est-à-dire, en agissant conformément à cette croyance ? Reprenons, là encore, le texte de James : « Si votre cœur n’éprouve pas le besoin d’un monde de réalité morale, ce n’est pas votre cerveau qui vous y fera croire ». Nous pouvons croire sans raison et cela peut être raisonnable. Est ainsi ouverte la voie de la croyance religieuse.

légitimité de la foi religieuse

II / La légitimité de la foi religieuse.

Avant d’en venir directement au statut de la croyance religieuse, quelques remarques.

  • Nécessité pour James de prendre en compte toute la dimension humaine et de répondre à tous nos besoins, y compris celui de spiritualité. Nos croyances nous permettent le plus souvent de répondre à nos besoins, et on trouve cela très raisonnable. En quoi serait-il moins raisonnable de répondre à notre besoin de spiritualité ?
  • Tout l’enjeu, pour James est qu’il s’agit pour chacun de voguer entre le « croire trop peu » qui peut conduire à l’inaction et le « croire trop » qui peut mener au déraisonnable et à l’absence d’esprit critique.

Ceci étant posé, reprenons.

  • La science ne peut pas rendre raison de tout. Il est des questions qui échappent à la science et ces questions doivent pourtant trouver leurs réponses.
    • La croyance religieuse peut s’avérer être nécessaire lorsque le besoin s’en fait sentir. D’autant que nos actions, l’organisation de notre existence d’une certaine façon en découleront.
    • Il ne s’agit pas pour James de faire l’apologie de la religion mais de reconnaître que la croyance religieuse peut être essentielle et tout à fait recevable.
    • Quelles sont les conditions de sa recevabilité ?
      • 1° La cohérence. La croyance religieuse ne doit pas violer les principes de la logique ou de l’intelligence.
      • 2° La croyance religieuse ne doit pas entrer en contradiction avec les avancées scientifiques et ne pas hésiter à se rectifier si de nouvelles avancées scientifiques voient le jour. Clairement, James présente un refus indéfectible du dogmatisme et marque nettement sa préférence pour une croyance ouverte. Citons James : « L’histoire des religions nous montre que, l’une après l’autre, chaque hypothèse a mal fonctionné, qu’elle s’est écroulée au contact d’une connaissance approfondie de l’univers, et qu’elle a disparu de l’esprit humain. Quelques articles de foi cependant ont survécu à toutes ces vicissitudes, et possèdent même aujourd’hui plus de vitalité que jamais. »
        • Faisons l’expérience de pensée suivante: demain, toutes les communautés scientifiques s’accordent pour affirmer, preuve à l’appui, que l’immortalité de l’âme est une impossibilité physique (voire logique), alors je devrais m’abstenir de croire sous peine d’entrer en conflit avec les résultats de la science.
      • 3° La croyance religieuse se conjugue au pluriel. Il ne peut y avoir une croyance qui l’emporte définitivement sur les autres puisque, nous l’avons dit, la croyance répond à un besoin et que ce besoin peut s’exprimer différemment chez les uns ou chez les autres.

Pourtant un problème de taille ne saurait être éludé : Croire n’est-ce pas prendre le risque de se tromper ? N’est-il pas déraisonnable de prendre le risque de tomber dans l’erreur ?

Pour traiter cette difficulté, James prend soin d’opérer la distinction suivante :

Nous devons connaître la vérité / nous devons éviter l’erreur.

Ces deux préceptes sont distincts. Il se peut parfois que, en croyant la vérité A, nous évitions, par voie de conséquence, l’erreur B mais il arrive bien rarement qu’en rejetant B nous acceptions nécessairement A ; nous pouvons en effet, en évitant l’erreur B, tomber dans les erreurs C ou D tout aussi pernicieuses, ou tout simplement ne croire à rien.

OR

s’orienter avec tel ou tel commandement nous engage dans des cheminements intellectuels tout différents.

1° Si l’on privilégie le premier, on peut gagner la vérité mais on risque aussi de tomber dans l’erreur. C’est là le cheminement que fait le croyant. Pour lui, le risque de ne pas « gagner » la vérité est plus important que celui de tomber dans l’erreur.

2° Si on privilégie le second, alors il ne faut rien croire, il faut suspendre son jugement plutôt que d’encourir le terrible risque de croire ce qui est faux, et cela pour avoir accordé son assentiment à une évidence insuffisante. Il ne faut prendre aucun risque. Ce cheminement est celui de l’agnostique qui estime que le risque de tomber dans l’erreur est plus dommageable.

De ces deux cheminements, lequel choisir ? Lequel est le plus raisonnable ? De quel précepte faut-il prendre le parti ?

  • La réponse dépend de la situation ou du contexte. Procédons avec les exemples suivants :
      • 1° Le Président de la République me propose d’être son premier ministre. Je peux longuement hésiter en pesant le pour et le contre. C’est une offre qui ne se présentera sans doute plus jamais. C’est donc une hypothèse vivante, qui me parle parce qu’elle n’est pas sans conséquence. Si je privilégie le premier précepte, je répondrai probablement de façon positive. Si je privilégie le second précepte, je déclinerai sa proposition. D’un côté, je privilégie la possibilité du gain, je suis animé par l’espoir. De l’autre côté je privilégie la possibilité de la perte, la crainte de me tromper. Quel choix est le plus raisonnable ?
      • 2° Je m’amourache d’une femme (exemple de James). Par quoi serai-je animé ? Par l’espoir de lui ravir son cœur, de parvenir à la séduire ou bien par la crainte de ne pas y parvenir ? Ici, la croyance est déterminante. Si je suis convaincu de pouvoir la séduire, alors je me donne davantage de chances d’y parvenir. Me demandera-t-on preuve, une argumentation rationnelle qui justifierait cette croyance ? Ou bien m’estimerait-on bien déraisonnable de ne rien tenter, c’est-à-dire de ne pas y croire ?

James solutionne cette difficulté de la façon suivante :

« Partout où le choix entre le gain et la perte de la vérité est sans importance, nous pouvons abandonner la chance de « gagner la vérité », et en tout cas nous mettre à l’abri d’un risque d’erreur, en suspendant notre jugement jusqu’à ce que l’évidence objective se soit fait jour. »

  • Qu’en est-il de l’hypothèse religieuse ? Selon James, elle est une hypothèse importante, sinon essentielle et centrale. Pourquoi ? Parce qu’elle répond à un besoin fondamental ancré en la plupart des hommes. (Remarque : Que vaut cette hypothèse pour ceux dont le besoin de « spiritualité » ne se fait pas sentir ? Réponse de James : « Si pour quelques-uns d’entre vous la religion est une hypothèse qui ne renferme aucune possibilité vivante d’être vraie, il est inutile d’aller plus loin ; je ne m’adresse qu’à ceux qui entendent sauvegarder leur bien ». Formulation étrange qui mérite réflexion)
    • Reprenons : D’abord, que faut-il entendre par hypothèse religieuse ?
        • 1° les meilleures choses sont les plus éternelles ou encore la perfection est éternelle. (On notera que James propose une formulation large, voire imprécise, sans doute dans le but de ne retenir que ce qu’il estime être essentiel à toutes les formes de croyances religieuses ; ainsi chaque croyant, quelle que soit son Eglise, se reconnaîtra dans cette formulation).
        • 2° nous avons un intérêt actuel à ajouter foi à cette première affirmation.

Quelle analyse James fait-il de l’hypothèse religieuse ? En voici les éléments essentiels.

  • La religion se présente comme une hypothèse importante. Dès maintenant, d’après cette hypothèse, nous sommes supposés gagner ou perdre, suivant que nous possédons ou non la foi, un certain bien vital.
  • La religion est une option obligée, dans toute l’étendue de son objet. Nous ne pouvons échapper à cette option en attendant que la lumière vienne nous éclairer, car, bien que par ce moyen nous évitions l’erreur au cas où la religion serait fausse, nous perdons le bénéfice que celle-ci nous promet au cas où elle serait vraie.
  • S’y refuser ou s’y porter, c’est dans tous les cas prendre un risque. Celui qui vous interdit la foi affirme donc que mieux vaut risquer la perte de la vérité qu’une chance d’erreur. Il parie donc contre l’hypothèse religieuse exactement comme le croyant qui parie pour l’hypothèse religieuse. L’un préfère la crainte de l’erreur, l’autre l’espoir de la vérité. L’un comme l’autre ne peuvent fournir de preuve. Qu’est-ce qui m’interdit alors de répondre à mon besoin de spiritualité ?!
  • Une règle de pensée qui m’empêcherait radicalement de reconnaître certains ordres de vérité si ces vérités se trouvaient réellement exister ou présentes serait une règle irrationnelle.
  • Si nous possédions un entendement infaillible doué de la certitude objective, nous pourrions nous estimer déloyaux à l’égard d’un organe de connaissance aussi parfait en ne lui accordant pas une confiance exclusive, en n’attendant point de lui le mot de la délivrance. Mais ce n’est pas le cas.
  • Résumons avec l’extrait suivant : « Si un homme s’avise de tourner le dos à Dieu et à l’avenir, personne ne peut l’en empêcher ! Personne ne peut lui démontrer irréfutablement son erreur. Si un autre homme pense et agit à l’opposé du précédent, je n’aperçois pas non plus comment on lui prouverait que c’est lui qui a tort. »

conclusion

Quelques mots de conclusion :

Qu’il est raisonnable de croire est désormais entendu. C’est une chose. Pourtant, si l’on prend soin de prendre un certain recul vis-à-vis du texte de James, on ne peut s’empêcher de remarquer combien la croyance religieuse, telle qu’il la défend est éminemment raisonnable, tellement raisonnable… Combien de précautions James ne prend-il pas pour tenter de donner à la foi toute sa légitimité ? La foi, telle qu’il la décrit, présente-t-elle encore quelque signe de parenté avec la foi religieuse en général ? Au fond, James ne prend-il la défense, non pas de la foi religieuse telle qu’on la trouve ici et là, telle qu’elle est communément répandue, mais telle qu’on devrait la trouver, telle qu’elle devrait se présenter ? Rappelons quelques-unes des exigences présentées : le respect de la logique / la prise en compte des avancées scientifiques / le refus du dogmatisme / le refus d’une autorité religieuse (James ne l’affirme pas explicitement dans son texte mais le fait de croire dans le but de répondre à un besoin particulier et personnel semble corroborer cette lecture) / etc. En un mot, la foi ne doit jamais engager la somnolence de l’intellect. (Mais, dans cette perspective, que deviennent le miracle, la providence ?)

Cela signifie-t-il que le croyant se doit d’être un peu logicien, quelque peu versé dans les sciences et surtout philosophe ? Si tel est le cas, alors la croyance religieuse, telle que prétend la sauver James, noie et sape en réalité la croyance religieuse la plus communément répandue. La première n’a, semble-t-il, plus grand-chose à voir avec la seconde.

Un court extrait semble justifier cette interprétation.

« J’accorde absolument que ce qui manque le plus à l’humanité, ce n’est point la foi, mais l’esprit critique et la circonspection. J’admets donc que si je m’adressais à L’Armée du Salut ou à une foule populaire mêlée, je ferais fausse route en prêchant la liberté de croire ainsi que je l’ai fait dans ces pages. »

 

 

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